Au coeur de Manchester

Visite préparatoire Leonardo  à  Manchester (21 au 24 septembre 2012)

Ex-cursus a accueilli à Manchester deux professeures alsaciennes venues découvrir la ville.  Il s’agissait de repérer de futurs lieux de stages, de rencontrer les professionnels qui encadreront les périodes de formation en entreprise, de faire la connaissance de  potentielles familles d’accueil. Cette visite a mené les enseignantes jusqu’à Liverpool et Chester, et leur a permis découvrir un peu de l’âme de Manchester…

Impressions

Le visiteur qui atterrit à l’aéroport de Manchester, et qui s’étonne de ne découvrir qu’un petit aéroport de province, a quelques inquiétudes :

  • Manchester est-elle le berceau du socialisme ? Friedrich Engels y a vécu quelques années, et il en fait une description minutieuse dans son ouvrage La situation de la classe laborieuse en Angleterre (1845). « Nulle part ailleurs qu’à Manchester je n’ai constaté d’isolement aussi systématique de la classe ouvrière, tenue à l’écart des gran­des rues, un art aussi délicat de masquer tout ce qui pourrait blesser la vue ou les nerfs de la bourgeoisie. Et cependant, la construction de Manchester, précisément, répond moins que celle de toute autre ville à un plan précis, ou à des règlements de police ; plus que toute autre ville, sa disposition est le fait du hasard… »
  • L’ancienne capitale du commerce du textile est-elle autre chose qu’une ville brutale, vivant au rythme des matchs de football, et où les hooligans font la loi ?

Il reste encore quelques-uns de ces bâtiments de brique rouge, noircis par la suie, qui symbolisaient aux yeux d’Engels la misère ouvrière, et le football n’est jamais loin. Mais la figure tutélaire qui orne les murs des pubs a quelque chose de méridional, qui rassure le visiteur français.

Les amateurs de football connaissent tous Old Trafford, le stade du Manchester United. Pourtant, Trafford, ce fut d’abord Trafford Park, une immense zone industrielle qui portait le nom de son promoteur. Aujourd’hui, c’est Trafford Centre, un des  plus beaux centres commerciaux d’Europe. Des parkings en étoile, une palmeraie artificielle, des escaliers de marbre rose sous des plafonds décorés d’un ciel étoilé, des restaurants internationaux,  et bien sûr une galerie marchande où se retrouvent toutes les enseignes prestigieuses. Trafford Centre, c’est le capitalisme sans complexe, le luxe à portée de main, et l’opulence kitch du XX1ème siècle. Un pied de nez à Friedrich Engels. Las Vegas, sans le désert.

On est tout près du cœur de Manchester, où, deux siècles plus tôt, une autre opulence, née de la révolution industrielle et du commerce du coton, a généré une architecture massive et fière. Ces immeubles racontent ce moment de l’histoire de la ville où rien ne semblait impossible. On construisait des palais dans lesquels les hommes d’affaires découvraient le pouvoir de l’argent : on inventait le chemin de fer, on a voulu, en creusant un canal, transformer en port une ville pourtant située à 80 km de la côte. Mais les impérialismes n’ont qu’un temps. Ces immeubles majestueux du centre de Manchester abritent aujourd’hui des boutiques raffinées, des night clubs, des restaurants.

La puissance économique de Manchester a décliné. Mais elle a transformé l’agglomération de façon irréversible. Les villages sont devenus des banlieues populaires, où se  sont développées, à côté des usines de transformation du coton et des logements ouvriers, les activités commerciales ou artisanales nécessaires à cette population. L’infrastructure de ce qui est devenu Greater Manchester s’est mise en place. Elle était parfaitement adaptée à l’accueil des populations migrantes. Manchester est devenue l’ensemble urbain le plus cosmopolite d’Angleterre. Les communes périphériques  ont accueilli des communautés venues de tous les horizons : Pakistanais, Indiens, à Oldham et Rochdale, Africains à Stockport et Swinton.. Moins touristique que China Town, mais plus singulier : le Curry Mile à Rusholme, concentration, sur près de deux kilomètres, de restaurants indiens, pakistanais, ou du Moyen-Orient.

Population métissée, architecture  contrastée. Manchester reçoit, accumule, entasse, intègre les communautés humaines, leurs œuvres et leurs traditions. La culture britannique est paradoxale. On la juge parfois irresponsable. Elle  est pourtant prudente, respectueuse, tolérante. Elle est fidèle à ses valeurs et profondément mystique.

 Liverpool

Ce fut le port le plus actif d’Angleterre : Liverpool a connu au XIXème siècle une prospérité comparable à celle de Manchester, puis le même déclin : c’est  devenu une ville populaire, dont le nom évoque une mythologie portuaire un peu glauque. Il était important, pour la légende du quatuor vocal le plus célèbre du monde, qu’il fût né dans un tel cloaque. Liverpool se reconstruit à partir de la notoriété des Beatles, mais n’oublie pas son histoire.  Le long d’un Albert Dock réhabilité, à la fois lieu de promenade, de divertissement, et de culture (Tate Gallery, Musée de l’Esclavage) , et à proximité d’une  Market Street inondée de musique pop, où rien ne semble avoir changé depuis les années 60, la ville s’offre une nouvelle virginité touristique.

 

« Chester, heritage town »   

Les anglais savent dire, en deux mots, tout le poids de l’histoire, et la richesse qu’apporte la préservation méticuleuse des rues et des maisons anciennes. Ce qui est légué a une valeur inestimable, et la meilleure manière de le préserver est de le faire vivre.

Ailleurs on parle de ville historique, ou de ville médiévale. On  fait référence à la notion de patrimoine, sans voir que ce mot enferme des vieilleries dans un musée. L’héritage est au contraire le déploiement dans le présent de  la richesse passée.

A l’inverse du sociologue allemand, qui du passé voulait faire table rase, et du laboureur qui proclame que le travail est un trésor, la sagesse britannique explique que le  vrai trésor est ce passé que l’on respecte, que l’on entretient, que l’on vivifie.



Une réponse à “Au coeur de Manchester”

  1. Anonyme dit :

    génial, je garde cet article dans mes favoris.

Laisser un commentaire

*